Une société de TSA

Si vous avez lu mon article sur les neurotypiques (voir l’article Êtes-vous neurotypique?), vous savez ce que représente l’acronyme TSA. Pour les autres, ou ceux qui ne se rappellent pas, il signifie: Troubles du Spectre Autistique. Cette dénomination a été adoptée il y a peu par le DSM-5. L’ouvrage de référence pour médecins et autres psychologues, dont l’étiquetage est plus important que le patient lui-même.

Remarque: On peut tout de même noter que dans cette 5ème version, sont désormais regroupés tous les troubles ayant des impacts négatifs sur le développement d’un individu, à l’exception des syndromes liés à des symptômes physiques, ou encore des conditions médicales connues.

N’avez-vous jamais pensé, comme le monde tournerait mieux, si tout se passait comme nous l’imaginions. C’est un peu comme si, notre façon de voir les choses, de les appréhender et de les comprendre, ne pouvait être que de notre ressort. On pense mieux que les autres, plus clairement, plus logiquement…

Il est évident que cette vision personnelle et malheureusement étriquée, a des conséquences fâcheuses. Car, extrapolée à l’ensemble d’une population, on imagine bien que peu partageront les mêmes points de vue. Peut-être, l’origine de tous nos problèmes de communication… Néanmoins, il y a quelques sujets sur lesquels, la masse est souvent en accord, la météo, les problèmes de transport etc.

En l’occurrence, le sujet qui m’intéresse est sans surprise, la vision du neurotypique à propos du TSA: “Il est différent”, “Sa vie n’est pas facile”, “Il est complètement tordu”, “Il faut le faire enfermer”, “Il est dangereux” et j’en passe. Bien sûr, certain font preuve de compassion, mais souvent accompagnée de condescendance, dédain, ou de pitié (cet article résume assez bien la pensée dominante)

Analysons la nosographie actuelle des TSA, pour comprendre les préjugés à leur égard (liste proposée par l’article Définitions des autismes).


Des altérations des relations sociales: difficultés à avoir des relations avec leurs pairs, ne partagent pas forcément leurs plaisirs…

Souvent victimes de leur singularité, ou encore moqués pour leurs centres d’intérêt, ils ont tendance à s’isoler. De plus, il faut dire que beaucoup sont incapables de prétendre s’intéresser à l’autre. Ce qui a des conséquences fâcheuses sur leur vie sociale, avec leur famille, ou dans le cadre du travail. En effet, comment passer ses journées avec des collègues avec lesquels, nous n’avons aucun points communs. Qu’en est-il de supporter un repas de famille…

Heureusement, la télévision et les médias alimentent les discussions, et ne demandent que peu d’intervention et d’implication personnelle aux TSA. Un outil formidable dont eux-mêmes peuvent abuser, pour simuler des interactions sociales et un intérêt pour leur interlocuteur.

 

Des altérations de la communication verbale (langage) et non-verbale (regards, gestes…): échanges non codifiés, lecture empathique inadaptée…

Souvent incapables d’identifier les émotions sur les visages, il leur est très difficile de comprendre ce que leur interlocuteur veut véhiculer, si l’échange n’est pas explicite. En effet, lire entre les lignes, n’est pas une compétence qu’ils développent naturellement. Ainsi, étant étrangers aux sarcasmes, à l’ironie ou aux railleries entre autres, ils seront victimes de leur candeur. De plus, les codes si bien établis de notre société, et si naturels pour les “gens normaux”, leur sont inconnus. A moins pour eux de s’être entraîné durement…

Avec l’impossibilité de faire preuve de subtilité dans leurs échanges, ils sont contraints de dire les choses telles qu’elles le sont, explicitement et sans détours. Faisant ainsi preuve d’une dure franchise, et d’une honnêteté souvent déroutante pour les neurotypiques.

 

Des « intérêts restreints » ou « intérêts spécifiques »: ne s’intéressent pas aux choses triviales, et parfois à des sujets peu communs…

Comme dit plus haut, leurs centres d’intérêts sont souvent très personnels, et uniques. Par ailleurs, il n’est pas inhabituel qu’ils s’y impliquent corps et âme. Avec une obsession et une passion capables de déplacer des montagnes. Des hobbies communément perçus comme étranges, inadéquats ou inappropriés dans notre société. Le regard qui leur est porté dans ces moments, est encore plus saisissant. Parfois, dès lors qu’ils apportent de l’importance à ce genre de préoccupations sociales, ou qu’ils observent trop d’incompréhension, ils feignent d’avoir des centres d’intérêts conventionnels. Ce qui leur vaut de se fondre dans la masse avec moins de difficultés et d’être accepté.

Cependant, il faut noter qu’un grand nombre des TSA, ignorent totalement ces considérations sociales et refusent de suivre ce désir de conformité, partagé par les neurotypiques. Préférant être jugés comme originaux, et ne pas suivre les mêmes modes.

 

Un besoin d’immuabilité: besoin de faire les choses toujours d’une manière identique, difficultés à gérer les changements…

Au regard des neurotypiques ce besoin de répétition chez les TSA, et en particulier chez les plus jeunes, provoque un sentiment d’étrangeté, d’inadéquat, car imperturbables face au regard interrogateur des autres. Or pour les neurotypiques, il n’est pas si commun de préférer répéter les mêmes activités, retourner sur les mêmes lieux de vacances, ou se rendre toujours dans le même bar. Ainsi, neurotypiques comme TSA ont besoin d’un environnement connu et rassurant, d’un emploi stable, ou d’une activité maîtrisée.

Le changement est une source de peur relativement commune, et surtout partagée par tous (voir l’article sur Le changement, et L’échelle du stress).

 

Une sensorialité atypique: hypo-sensibilités ou hyper-sensibilités,  des différents sens (ouïe, odorat…)

Parfois peinés pour leur sensorialité, les TSA sont souvent moqués. Que ce soit, celui qui doit porter des lunettes de soleil de tout temps à cause de son hyper sensibilité visuelle. L’autre qui portent des boules quies dans un musée. Ou encore ce dernier qui grimace et s’éloigne lorsque des chaussures sont retirées… Ces situations pourtant si banales deviennent des calvaires pour eux. Et encore, on ne parle pas de ceux qui ne quittent pas leur casque, ont toujours une cigarette en main, ou raffolent des chips au vinaigre…

Car oui, le neurotypique a quant à lui, cette chance de supporter la fumée de ses collègues à la pause cigarette. Il est aussi capable de passer une soirée dans un bar, au milieu du brouhaha incessant, sans froncer les sourcils. Mieux encore, il peut se promener avec plaisir, dans un centre commercial, avec ses vitrines illuminées et enguirlandées, comme au coeur d’une forêt… Mais le neurotypique ne se plaint pas, il endure chaque jour. Rarement cible de moqueries.

 

Des troubles du comportement, souvent liés aux difficultés de communication ou aux sensorialités…

On peut dire ce que l’on veut, le regard des autres a un impact fondamental sur notre estime de soi, et notre développement (voir l’article sur Les autres). Il est difficile de prendre du recul sur ce genre de choses, qui arrive quotidiennement. Ca l’est encore plus, lorsque cela vient de nos parents et proches, et ce dès le plus jeune âge. Leurs angoisses, inquiétudes et interrogations sont transférées vers les éponges émotionnelles que nous sommes tous.

Et pour les TSA, les conséquences peuvent être encore plus désastreuses. En effet, le vocabulaire utilisé est souvent très fort: anormal, inadapté, étrange, fou, stupide… renforçant les difficultés des parents, entre culpabilité et incompréhension.

Ainsi, ils n’ont parfois d’autre choix que de devenir, ce dont on les attribue. On leur apprend à cacher ou supprimer la honte et la confusion qu’ils génèrent chez les autres. Dans l’impossibilité d’être soi, cela a parfois pour conséquences de développer chez les TSA, des troubles du comportement.

Des troubles qui se traduisent par des vies professionnelles et personnelles complètement décorrélées. Forcés de baigner dans le mensonge, et la tromperie, ils sont quotidiennement face à leurs frustrations, vivant quasiment des doubles vies, à l’instar d’une vie d’adultère.

 

Des spécificités quant à leur quotient intellectuel

J’en discute amplement, dans mon précédent article sur les neurotypiques (voir l’article Êtes-vous neurotypique?). Je rajouterais cependant que les TSA, face au jugement des neurotypiques, développent souvent un besoin de différenciation, d’où la création de ce terme pour désigner les “gens normaux”. Une différence non pas marquée par l’intelligence, heureusement, mais souvent par le désir de ne pas être assimilé au neurotypique et son besoin de supériorité.

 

Cet article empreint de sarcasmes, se destine à tous, neuro-typiques et atypiques. En particulier ceux qui ont cette malheureuse tendance à juger les autres. Car, il ne faut pas se leurrer, parmi les TSA, existent aussi des gens hautains, dédaigneux et désagréables.

 

Apprenons de nos erreurs, grandissons ensemble et brisons les barrières de l’ignorance.

 

“La vraie science est une ignorance qui se sait. ”

De Michel de Montaigne

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