Qui fait la différence ?

On peut convenir, que la société dans laquelle nous vivons, apprécie que nous suivions docilement la route qui nous est proposé. Sortir des sentiers battus, synonyme de différence, arbore souvent un caractère d’incompréhension, de rejet.

On le voit bien dans le modèle d’éducation qui nous est offert, à nous et nos enfants. Il y a un cadre scolaire où la normalité prime. On aide ceux en légère difficulté, on maintient ceux qui ont un niveau convenable, et on félicite ceux qui n’ont pas besoin d’aide.

Cependant, tout n’est pas si simple. Entre les classes en sureffectif, et le manque d’encadrement, les maîtres d’école et professeurs ne sont pas en mesure de prendre à charge les cas particuliers. Car oui, tant qu’une classe est constituée d’élèves “normaux”, tout se déroulera bien.

Alors qu’arrive-t-il à ceux qui n’arrivent pas à s’adapter? Qui malgré eux, sont incapables de rentrer dans le moule de la normalité? Dès l’apparition des premières difficultés, les questions se posent à propos de l’élève. Et très vite, survient le sentiment d’incompréhension, qui se transforme doucement en lacunes, pour finir par être pur jugement. Il est souvent difficile, voire impossible pour les professeurs de s’attarder sur un élève. Ils n’en ont ni le temps, ni même les véritables compétences, car il faudrait effectuer un suivi adapté afin de déterminer les causes de ces difficultés.

Malheureusement, le système éducatif ne permet pas de mettre en place ce genre de dispositif. Trop onéreux. Les budgets alloués à l’éducation sont déjà trop limités pour imaginer l’apparition de nouveaux enseignants, ou même mieux, de psychologues scolaires… ah, mais le saviez-vous, il en existe déjà. Dans les écoles maternelles et primaires. Bien sûr, pas à temps plein. Leur existence n’étant en général, pas connue du public, il n’y a donc nul besoin d’être en permanence au sein d’un établissement. Par ailleurs, ils ne sont de toute façon, que très rarement sollicités.

Pour ce qui est des collèges et lycées, ce rôle en incombe au conseiller d’orientation-psychologue (mais je crois que cette particule n’est jamais utilisée). Ainsi, l’éducation nationale propose bien un soutien psychologique pour aider ceux en difficulté, si le besoin s’en faisait sentir.

Néanmoins, peut-on réellement croire que dans des établissements standards, il soit possible pour un seul individu de suivre, ne serait-ce que 10% des élèves. Cela me rappelle les vigiles de centres commerciaux qui vérifient si nous sommes armés. Car vous vous doutez bien, qu’un homme armé ne se laissera pas arrêter par un vigile, aussi souriant ou menaçant soit-il. Leur présence est là pour rassurer la population, tout comme le psychologue scolaire avec des parents d’élèves.

Je sonne probablement cynique, mais pour information, il y a plus de 12 millions d’enfants scolarisés. En faisant un rapide calcul, on se rend bien compte qu’on ne peut pas fournir un suivi individuel, ni même par classe. Et malgré l’importance que peut revêtir l’éducation de nos enfants, le coût financier semble bien trop élevé.

Ces difficultés que peuvent rencontrer les enfants, à n’importe quel âge au cours de leur scolarité, se traduisent alors par un mal être social, souvent synonyme d’échec scolaire.

Ce même échec qui crée une distance par rapport aux autres, ceux qui réussissent, ou tout du moins, qui arrivent à s’adapter. Le clivage se fait alors plus fort, et parfois plus violemment. Comment expliquer à un enfant que ce n’est pas sa faute? Pour peu qu’une personne bien attentionnée veuille consacrer de son temps à un élève en difficulté. Une fois la roue lancée, il devient difficile de la sortir de son sillon. Entre compassion, puis incompréhension et enfin abandon, il n’y a qu’un pas avant le rejet.

Pire encore, le système éducatif va se contenter de les replacer dans des institutions “plus adaptées”. Car, une fois l’échec scolaire établi, il ne reste plus qu’à les parquer dans des filières professionnelles, mais pas professionnalisantes malheureusement.

Je tiens à préciser que je ne dénigre en rien ces filières. Ce qui me semble aberrant, est de voir l’éducation nationale et la société, se contenter d’en faire un fourre-tout. En adoptant ce genre d’attitude, ces filières deviennent elles-mêmes synonyme d’échec. Et ceux qui le voudraient, ne peuvent en profiter dans des conditions adéquates. Je ne demande qu’à nous voir essayer de nous en sortir, dans un cadre et un environnement, emprunts de mal être et de déception pour tenter de s’adapter et d’être enfin accepté.

Le plus triste est que la société a réussi à nous conditionner. Moi le premier, j’ai amalgamé les filières professionnelles à l’échec scolaire et la délinquance. J’ai fermé les yeux en pensant que ces gens n’existaient plus. J’ai joué le jeu de cette société pendant des années en croyant qu’il n’y avait pas de place pour eux.

Comment s’en sortir quand personne ne croit en vous… que ceux censés vous aimer inconditionnellement, eux aussi abandonnent.

Nous avons cru que l’école pouvait remplacer l’attention et la chaleur de parents. Qu’il était de leur devoir de professeurs, de prendre à charge l’avenir des enfants. Que notre absence, et notre manque d’implication dans l’éducation des enfants pouvait être excusé par nos responsabilités professionnelles.

La société dans laquelle nous vivons est rempli de contradictions, ou alors, peut-être est-elle conçue en ce sens volontairement. Quoiqu’il en soit, je défi quiconque de trouver les bonnes solutions pour que nous puissions tous nous épanouir. Et bien que je me sois attardé ce jour à mettre en avant des problèmes, en lieu et place de solutions, j’aime à croire que cela permettra à certain d’ouvrir les yeux. D’affronter la réalité qui nous entoure, et d’assumer nos responsabilités.

On parle de ces fameuses crises d’adolescence, où la communication devient impossible. La faute aux hormones, paraît-il. Mais ces enfants ne sont-ils pas le reflet de ce que nous leur avons offert? Avons-nous été réellement des modèles de transparence, d’honnêteté et de communication?

Il disent tout haut ce qu’ils ressentent au fond d’eux. Ils vivent dans une société injuste, sourde et remplie de mensonges. Pourquoi accepter un monde inéquitable et inadéquat? Pourquoi cautionnons-nous ce monde en tant que parent et modèle?

En tant qu’adultes dits, responsables, cessons de blâmer les autres pour notre propre incompétence. Tâchons d’accompagner ces nouvelles générations pour leur offrir un meilleur cadre, de la présence et de la compréhension. Proposons leur ce qui n’existe pas aujourd’hui, de l’écoute.

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