T’es équilibré toi ?

Lorsqu’un comique des Monty Python et un psychologue discutent de la vie et décident de co-écrire un livre, que sommes-nous en droit d’attendre?
“Life and how to survive it » ou “Comment être un névrosé heureux” de son étrange titre français, traite avec humour et force vulgarisation, de la société.

Ce livre représente en quelque sorte mon premier contact avec la psychologie et l’étude des comportements. Très simple d’approche, il permet d’appréhender des concepts sans essayer de les intellectualiser à coups de pédantisme et autre expérimentations linguistiques.

Le conte que vous trouverez juste après, est inspiré de cet ouvrage et de mon appropriation de son contenu. Il est évidemment très réducteur et n’aborde qu’une facette de ce que vous pourrez y découvrir. Je vous laisse cependant le plaisir de le parcourir si l’envie vous en vient de vous le procurer, en espérant qu’il trouvera écho à votre vie et votre désir de trouver l’équilibre.

 


Si vous veniez dans ce pays, vous seriez probablement très surpris. Car les vélos ont une place quasi religieuse dans la vie des habitants de cette contrée. Il est même tellement anormal de se déplacer sans vélo que vous ne verrez personne à pied dans les rues ou en voiture.

En effet, dès son plus âge, un enfant capable de se mouvoir sur ses deux jambes, se voit systématiquement affublé d’un tricycle. Pas de temps à perdre, il faut avancer vite ou on se laisse distancer par les autres enfants. Ces derniers progressent si vite qu’il faut rapidement en retirer les petites roues. Leur passage suivi de cris empreint de joie et de défi, ces bandes de copains à vélos foncent dans les rues et sur les chemins boisés. Leur insouciance et leur bonne humeur les accompagnant tout au long de leur jeunesse. En grandissant, il faut bien évidemment se tourner vers des vélos plus grands. Et à chaque fois se réhabituer et réapprivoiser le véhicule pour être capable d’aller toujours plus loin, plus vite.

Puis vient le temps des premières amours, une étape essentielle au développement de ces enfants devenus adolescents. Mais plus question de faire la course. Côte à côte, ils découvrent de nouveaux sentiers de nouveaux chemins. Un temps idyllique où l’on se sent invincible et éternel, et parcourent les plus belles balades. Des balades qui parfois durent toute une vie (à noter que c’est un évènement rare), mais souvent ne durent qu’un temps avant l’âge adulte.

Lorsque l’adolescence prend fin, c’est une autre forme de défi qui fait son apparition en tant qu’adulte et responsable. Il ne s’agit plus d’aussi simplement être aux côtés de l’être aimé, mais d’être en harmonie avec la personne. Et on sait à quel point c’est rare. Plus encore, dans ce pays où les couples doivent se déplacer en tandem. Qui par ailleurs, il faut le noter, ne sont pas conçus de façon traditionnelle, les cyclistes étant côte à côte! Imaginez comme juste se lancer peut sembler insurmontable. Parfois, le couple trouve ses marques rapidement et arrive à se déplacer avec facilité dans un équilibre parfait. D’autre fois, cela prend plus de temps, car il faut apprendre à créer cette balance entre l’autre et soi.

Voir des tandems se déplacer avec aisance est très plaisant à observer. On en vient forcément à être envieux tandis que l’on est seul sur son vélo. Cela est certes plus facile pour avancer, surtout que l’on y a été habitué tout au long de notre vie. Mais on a vite l’impression de se sentir isolé, incomplet, et pire encore, observé, voire jugé. Alors on se met à chercher la bonne personne pour ne plus avoir à subir ce regard. On se précipite parfois, et il devient rapidement évident qu’il est difficile de se déplacer en tandem. On abandonne souvent pour retourner sur son propre vélo, avant de retenter l’expérience. Des occurrences qui peuvent s’avérer aussi nombreuses, qu’infructueuses.

Malheureusement, il arrive qu’un couple se sépare. Et bien qu’il arrive souvent qu’une des personnes se mettent immédiatement à partager un tandem, qu’en est-il de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de réutiliser ce vélo de facture classique, conçu pour une seule personne? Avec ce triste vélo rangé au fond d’un vieux garage poussiéreux, dans l’espoir qu’il ne revoit jamais la lumière du jour, il faut réapprendre à se déplacer seul. Cela se révèle souvent être difficile et laborieux pour la plupart de ces nouveaux célibataires, car leur symbiose était tellement forte qu’ils en ont oublié comment se déplacer seul. Ce nouveau temps d’adaptation peut parfois prendre un long moment, et il arrive même que cette période soit si pénible qu’elle les pousse à rapidement trouver une autre personne pour partager de nouveau un tandem et se sentir de nouveau serein.

Un jour, un homme seul et lassé par les échecs et son incapacité à se déplacer en tandem décida de s’aventurer plus loin, encore plus loin que n’osent les gens de ce pays. Il roula pendant tellement longtemps qu’il traversa une frontière.
Arrivé sur des contrées inconnues, mais étrangement familières, il aperçut très vite une ville. Fort heureux et toujours sur son vélo, il entra au pas dans cette dernière pour découvrir avec bonheur d’autres cyclistes comme lui. Le pays où il venait d’arriver ressemblait au sien, et il se sentit immédiatement à l’aise et plein d’espoir de trouver enfin la bonne personne.

Il ne lui fallut que quelques minutes avant de remarquer qu’il n’y avait que des gens se déplaçant seul à vélo. Pas de tandem… Il se décida alors à interpeller un des habitants pour lui faire part de son étonnement :
“Un tandem? Mais qu’est-ce donc?
– Et bien, lorsque vient l’âge adulte, nous signalons notre amour et notre volonté de vivre aux côtés de l’être aimé par l’utilisation de tandem. Un vélo qui s’utilise en couple, où chacun des cyclistes est côte à côte.
– Quelle folie, cela doit être impossible de se déplacer correctement!
– C’est en effet difficile, mais c’est une preuve d’amour et d’harmonie. C’est d’ailleurs ce pourquoi je suis ici, je cherche l’âme soeur. Mais il semblerait que l’amour n’existe pas dans votre contrée.
– Bien sûr que si. N’avez-vous donc pas vu toutes ces personnes se déplacer côte à côte?
– Mais ils n’ont pas de tandem, ils ne peuvent pas être amoureux.”

L’homme lui répond alors, le regard plein de compassion :
“L’amour ne se résume pas ici à se déplacer systématiquement avec son partenaire, ni de maintenir un équilibre avec. Il s’agit plutôt d’adapter son allure et partager un même chemin. Parfois nous nous déplacerons ensemble, parfois seul. C’est la beauté de l’équilibre que l’on peut trouver en soi avant tout, au lieu de le créer à l’aide d’un autre. »

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