Le jeu et Toi – le Joueur (3)

“La maturité de l’homme, c’est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.”

Friedrich Nietzsche / Par-delà le bien et le mal

 

En éthologie, il est dit que l’apprentissage passe par le jeu, du moins pour les mammifères. La fratrie aime à s’affronter, se pourchasser, se chamailler… Aussi réducteur soit-il, j’en pense de même pour l’homme. Il suffit d’observer un enfant et de constater comme le jeu semble être le médium le plus adéquat pour véhiculer enseignement et messages auprès d’eux.

Quant est-il alors de l’adulte? Le jeu a t-il autant d’importance? Il est temps d’étudier dans cette dernière partie, le comportement des joueurs au cours du jeu.

Imaginons une partie endiablée de Creativity. Le but du jeu étant de faire deviner le plus de mots tirés au hasard, à son équipe. La contrainte, et ce qui en fait un jeu drôle et dynamique, est le choix de la méthode. Être créatif est une bonne chose, mais utiliser celles qui seront les plus complexes, rapportera plus de points. En effet dessiner un escargot est certainement plus simple, que de le mimer. De même qu’utiliser du fil de fer ou de la pâte à modeler pour illustrer un serpent… quoique.

Parfois, un joueur essayera à l’instar d’un directeur financier d’assurer ses gains, en faisant deviner un maximum de mots en utilisant des méthodes simples (dessin, phrases…) rapportant peu de points. Un autre joueur pourrait être plus “parieur”, prenant des risques pour maximiser ses points avec quelques mots, en tentant des méthodes complexes (fredonner, mimer avec le visage…). Enfin, un dernier serait justement joueur, peu préoccupé par le besoin de marquer des points, mais juste présent dans l’instant pour s’amuser et prendre du bon temps.

Prenons pour autre exemple, un classique du genre. Imaginons des joueurs d’Échec, que l’on catégorisera sous 3 types. Celui qui s’efforcera de prévoir toujours plusieurs coups à l’avance (parfois même, connaître et reproduire des situations de jeu). Ou à l’opposé, celui qui ne s’encombrerait pas de ce genre de réflexion pour jouer à l’instinct, voire au bluff, par choix ou manque de patience.  Et enfin, le dernier ne s’intéressait même pas à ce jeu. Peut-être trop abstrait, ou trop déterministe à son goût, pas assez “fun”. Bon j’admet que ce n’est pas une vraie catégorie, mais j’étais parti sur 3…

On peut extrapoler ces profils à tout type de jeu finalement. La personne qui veut s’assurer les plus fortes probabilité de victoire, prévoiera bien évidemment plusieurs tours à l’avance sa stratégie. Il n’est bien sûr pas dit, qu’un joueur plus instinctif ne gagnerait pas face à l’autre. Mais là n’est pas le coeur du sujet.

A partir de ce petit échantillon de profils de joueurs, on peut déjà grossièrement extrapoler quelques traits de personnalité assez importants, voire significatifs.

Le champ des possibles s’élargit lorsque d’autres types de jeux sont abordés. En particulier lorsque des mécaniques font intervenir des compétences sociales, comme la négociation, la diplomatie, le leadership ou même mentir… Des aptitudes que l’on ne peut inventer ou simuler. Et qui n’interviendront nécessairement que si le joueur en question dispose des affinités suffisantes. Il en va de même pour les sciences analytiques, allant de simples calculs mentaux aux probabilités de réussite. Et enfin, on peut également citer les capacités créatives de l’individu, pour dessiner, interpréter, mais aussi improviser et se fier à son instinct.

Avec un peu d’observation, on peut donc identifier quels traits de personnalité ressortent au cours d’une session de jeu.

Platon aurait-il eu raison? Une heure de jeu suffit pour comprendre et connaître quelqu’un?

Peut-on même ajouter qu’une heure de jeu permet d’apprendre plus qu’en une semaine de formation? En tout cas, même les entreprises s’y mettent. Il n’y a qu’à voir les diverses sessions de teambuilding, ou les ateliers agiles qui encouragent les échanges et la créativité. L’utilité du jeu de rôle pour comprendre les points de vue de chacun, en inversant manager et membre d’équipe… L’ancrage des connaissances, au cours des formations devient un sujet d’importance pour le management et les nouvelles méthodologies incluent des quizz et des points. Les réseaux sociaux internes, avec des haut-faits ou accomplissements sont également utilisés, pour stimuler la vie d’entreprise.

Qui sait, peut-être qu’à l’avenir, on verra apparaître des jeux pendant des entretiens de recrutement. Les tests et QCM le sont déjà d’une certaine façon. Bah oui, le Trivial Pursuit en est la preuve, puisque des millions de gens y jouent… Mieux encore, le speed dating ludique? On peut tout imaginer, même de la ludothérapie…

En bref, l’univers ludique prend de plus en plus place dans notre quotidien. Nous réapprenons à prendre plaisir simplement. Acceptons d’être de grands enfants, car c’est souvent pour le meilleur.

Vous ne connaîtrez peut-être pas mieux vos amis après une partie, mais au moins, vous aurez partagé un bon moment. Même perdant, vous serez alors gagnant.

 

Remarque: je n’ai pas abordé la grande famille des RPG, ou Jeux de Rôle, mais voici en un petit paragraphe chose faite.

Pour les néophytes, ces jeux permettent de se fondre dans un autre univers, souvent fictionnel. L’opportunité pour une équipe de joueurs, de prendre la peau de personnages. Ces derniers pouvant différer de leur propre physique (voire genre), mais aussi en terme de personnalité, motivations, qualités et défauts. L’idée étant, à l’instar d’une pièce de théâtre, d’incarner un autre, allant jusqu’au langage, et tics de comportement. Difficile donc de déterminer le vrai du faux, même si on peut souvent avoir tendance à jouer des rôles qui nous ressemblent légèrement.

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